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Criminalité

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Le vrai visage de la récidive

Par Isabelle Landry

Qu’est-ce que la récidive? Le phénomène est-il à la hausse ou à la baisse? Comment calcule-t-on un taux de récidive? Quels facteurs entrent en ligne de compte pour décider de la réincarcération de quelqu’un? Qu’est-ce que la population pense de la récidive?

Tant de questions et si peu de réponses. Le chiffre publié chaque année nous informant du taux de récidive est si relatif. L’article « Le taux de récidive détaillé » [1] nous informe de cette réalité.

 

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte et influent sur le chiffre final représentant le taux de récidive. En effet, si l’on tient compte de toutes les réincarcérations, le taux sera faussé par les retours entre les murs le soir de détenus bénéficiant d’absences temporaires le jour pour assister à un quelconque programme de réinsertion.

Le taux est également influencé par la durée du suivi de contrôle. Après quinze ans en liberté, si un ex-prisonnier commet un nouveau crime, est-ce que cela est considéré comme de la récidive? Le taux de récidive varie également selon le groupe de délinquants.

Dans un même groupe, les taux peuvent même différer. Par exemple, si on dit que le taux de récidive est de 10% pour les pédophiles et de 20% pour les délinquants coupables d’inceste, on obtient un taux moyen de 15% pour les délinquants sexuels alors que ce chiffre n’est représentatif d’aucune réalité.

« Le taux de récidive est défini comme étant le pourcentage de délinquants mis en liberté qui réintègrent un établissement correctionnel fédéral [ou provincial selon le cas] pendant une certaine période à l’étude. La réadmission est le fait de la violation des conditions de la mise en liberté et de condamnations résultant de nouvelles infractions. » [2]

Il est donc immensément difficile de donner un seul chiffre parlant de la récidive au Canada et au Québec. Comme nous ne croyons pas qu’il soit pertinent de vous noyer sous une montagne de chiffres qui ne veulent rien dire, nous allons ici traiter de la récidive autrement.

Comment contrer la récidive? Tout d’abord, « un rapport publié en 1998 contient de nombreux éléments de preuve qui appuient la thèse voulant qu’une période de transition surveillée de la prison à la collectivité améliore la sécurité du public et favorise la réadaptation des délinquants. » [3]

Plusieurs autres programmes peuvent contribuer à réduire la récidive. Les délinquants ayant suivi une formation de base des adultes en prison ont un taux de réadmission de 7.1% moins élevé que ceux n’ayant reçu aucune éducation entre les murs. Les programmes d’emploi en établissement après la mise en liberté diminuent de 27.8% le taux de réadmission. La diminution est de 14% pour les programmes de traitement de la toxicomanie, de 11% pour les programmes d’orientation personnelle et affective, d’entre 69% et 86% pour les programmes de maîtrise de la colère dépendamment si l’on parle de la récidive sans violence ou de la récidive avec violence et, finalement, de 58.9% pour les programmes de traitement des délinquants sexuels. [4]

Les alternatives à l’incarcération ont aussi une influence sur la récidive. Par exemple, les études sur la justice alternative ont démontré une baisse de 8% de la récidive chez les adultes et de 2% chez les jeunes participant à un programme de justice alternative. [5] Ces taux semblent peut-être peu élevés, mais ils ne doivent pas être négligés. Toute baisse des taux de récidive, même minime, contribue à désengorger notre système carcéral et, par le fait même, notre système judiciaire.

Le taux de récidive et le taux de criminalité sont en baisse depuis quelques années au Canada et au Québec. Pourquoi alors la population croit-elle le contraire? Est-elle si mal informée? Un rapport intitulé « La peur du crime et les attitudes à l’égard de la justice pénale au Canada : Bilan des dernières tendances » [6] soulève quelques hypothèses.

Entre autres, le fait que les statistiques sur le crime ne soient publiées qu’une seule fois par année peut avoir un effet de distorsion. En effet, il faut se demander ce qui retiendra le plus l’attention de la population : une bonne nouvelle rapidement diffusée une fois par année ou des crimes relatés de façon journalière à la télévision avec moult détails?

Que faudrait-il faire pour résoudre le problème? Les reporters pourraient bonifier la qualité de leurs reportages sordides de tous les jours en y ajoutant de réelles statistiques démontrant que le crime en question n’est pas légion. Par contre, cette solution risque fort peu de se produire pour la simple et bonne raison que les familles des victimes crieraient au scandale. Certains pourraient effectivement penser qu’on tente de minimiser leur malheur ou l’importance du geste qui a été commis contre un de leurs proches si cette façon de faire était mise en place.

Pourrait-on alors tenter de sensibiliser et de responsabiliser les médias face à leur obligation d’information objective? Encore une fois, cette approche semble peu réaliste. Nous les entendons déjà scander des slogans prônant la liberté de presse et la liberté d’expression.

La seule chose qui semble de notre pouvoir en cette matière est de propager l’information la plus juste possible et de le faire de façon à rejoindre le plus de gens possible. Les gens mieux informés seront ensuite mieux à même de faire la part des choses lorsque l’information sensationnaliste cognera à leur porte. Nous espérons l’avoir fait un peu dans cet article et tenons à vous rappeler que les chiffres démontrent une tout autre réalité que votre journal télévisé : le crime est à la baisse, la récidive également et de nombreux programmes sont en place afin de tenter d’améliorer encore la situation.

Texte paru dans Le Bulletin - Hiver 2006.

Sources :

[1] Direction de la recherche et des statistiques du Service correctionnel du Canada, consulté sur Internet à l’adresse http://www.csc-scc.gc.ca/text/plct/forum/e053/e053h_f.shtml, le 29 décembre 2005.

[2] Ibidem.

[3] L. Motiuk, R. Boe et C. Cousineau, « Le retour en toute sécurité des délinquants dans la collectivité – 2004 », consulté sur Internet à l’adresse http://www.csc-scc.gc.ca/text/faits/safe-return2004 /safe-return-2004_f.shtml#page_16, le 29 décembre 2005.

[4] Ibidem

[5] Résumé traduit de l’article : J. Bonta, S. Wallace-Capretta, J. Rooney et K. McAnoy, « An Outcome Evaluation of a Restorative Justice Alternative to Incarcération », Contemporary Justice Review, vol. 5, n°4 (2002), p. 319-338, consulté sur Internet à l’adresse http://www.psepc-sppcc.gc.ca/res/cor/sum/cprs200301_1-fr.asp, le 29 décembre 2005.

[6] Rapport préparé pour le ministère du Solliciteur général du Canada par J.V. Roberts, consulté sur Internet à l’adresse http://ww2.psepc-sppcc.gc.ca/publications/corrections/FearOfCrime_f.asp, le 29 décembre 2005

Mise en ligne : décembre 2010 © Alter Justice