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Criminalité

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Le phénomène des gangs de rue

Par Caroline Pelletier

Habituellement, le phénomène des gangs de rue est associé au monde urbain. En effet, on les retrouve partout dans les grandes villes nord-américaines. Plus on s’approche des grandes villes, plus le phénomène des gangs s’amplifie. Bien que le phénomène semble moins présent dans les régions, il est réel. Peu importe leur situation géographique, il reste que ces groupes de jeunes perturbent la tranquillité et le sentiment de sécurité des citoyens (Cousineau, Hamel et Desmarais, 2004). Autrement dit, les gangs de rue peuvent se retrouver partout. Leurs activités se concentrent, entres autre, sur le trafic de drogues et d’armes, le prêt usuraire, le recel, la prostitution juvénile, le vol et l’extorsion. Bien qu’une infime partie des jeunes se retrouvent, un jour ou l’autre, mêlés à des activités criminelles et violentes, le risque d’être impliqué dans de telles actions reste présent chez les jeunes. Selon le Service de police de la ville de Montréal, environ 1 % des jeunes sont criminalisés. Cette même source indique aussi que tous les gangs ne sont pas criminalisés au même niveau et que tous les groupes de jeunes ne sont pas des gangs de rue (SPVM, 2008). Afin d’y voir plus clair, nous discuterons des gangs de rue en tant que phénomène social ainsi que du profil des jeunes y adhérant.

 

À l’adolescence, il est tout à fait normal, de par son processus de développement, qu’un jeune veuille adhérer à un groupe. « Une telle association [constitue] certainement l’un des principaux moyens dont disposent les jeunes pour parfaire leur socialisation[1]. De fait, l’acceptation par les pairs apparaît comme l’un des facteurs déterminants du développement de la confiance et de l’estime de soi. Le besoin de se conformer aux règles du groupe d’appartenance prend alors une très grande importance » (Cousineau, 2004 : 11). Pendant cette période, il est aussi possible que celui-ci commette des délits mineurs, comme un vol à l’étalage ou faire un graffiti. Par contre, au moment où les activités violentes et criminelles prennent plus d’importance que le simple fait d’appartenir à un groupe, il est légitime de penser qu’il puisse être lié à un groupe s’apparentant à un gang de rue. D’ailleurs, des recherches « indiquent […] que les gangs exercent une véritable fascination sur les jeunes »[2] (Cousineau, 2004 : 23).

Les comportements déviants sont habituellement commis en groupe. La fréquentation de pairs délinquants, pour certains jeunes, comblerait des lacunes au niveau du sentiment de sécurité et d’appartenance, car ils n’ont pas pu - ou su - répondre autrement à leurs besoins. Cette association les confronte à des habitudes de vie prédisposant l’adoption de comportements déviants[3]. Par contre, tous les groupements de jeunes délinquants ne sont pas tous des gangs de rue (Cousineau, 2004). Alors, qu’est-ce qu’un gang de rue?

Sur le site Internet du SPVM, on définit ce type de groupe comme suit : « un gang de rue est un regroupement plus ou moins structuré d’adolescents ou de jeunes adultes qui privilégient la force de l’intimidation du groupe et la violence pour accomplir des actes criminels dans le but d’obtenir pouvoir et reconnaissance et/ou de contrôler des sphères d’activités lucratives » (SPVM, 2008 : En ligne). De cette définition[4], il est possible de dégager 3 profils types de gangs de rue : la bande de jeunes, le gang émergent et le gang majeur. D’abord, la bande de jeunes consiste généralement en un groupe peu structuré d’adolescents qui commettent des infractions mineures. Pour sa part, le gang émergeant regroupe, le plus souvent, des adolescents ayant comme modèles les gangs de rue majeurs. Leurs activités sont davantage improvisées et centrées sur l’acquisition et la défense d’un territoire. Le taxage, la profanation de menaces et les agressions armées - aux environs de lieux publics – sont des activités auxquelles se livrent les jeunes membres. Aux yeux des gangs de rue majeurs, ceux-ci figurent comme de bons prospects. Enfin, le gang majeur inclut tant des adultes que des adolescents. Les membres perpètrent des délits plus sévères incluant une violence ciblée (SPVM, 2008).

Les gangs se créent et se développent tant dans les quartiers que dans les écoles. Ces groupes « se font et se défont » (SPVM, 2008 : En ligne). Alors, la fréquentation d’un gang peut s’avérer assez brève (SPVM, 2008). En regard du quartier, de l’école ou même du groupe ethnique, ces regroupements peuvent s’affronter. Dans les institutions prenant en charge des adolescents – délinquants ou en protection -, plusieurs d’entre eux sont membres d’un gang de rue. Certains y recrutent même de nouveaux membres[5]  (Cousineau, 2004). Qui en sont les membres? Que vont-ils chercher dans ces fréquentations? Existe-t-il un profil type de l’adolescent qui se joint à ces groupes?

En règle générale, les adolescentes sont recrutées par les membres des gangs de rue, tandis que les adolescents doivent solliciter les gangs pour se joindre au groupe. L’adhésion à un gang de rue est attrayante pour certains jeunes - plus vulnérables - parce que le gang répond à leurs besoins. Parmi les éléments pouvant être satisfaits, le SPVM retient les suivants : « un lieu d’appartenance[,]  une famille[,] la protection physique[,] un soutien social[,] la solidarité[,] une occasion de développer de l’estime de soi[,] une occasion d’obtenir de la valorisation[,] une occasion d’obtenir de l’argent[,] une occasion d’avoir du pouvoir[,] une occasion d’avoir un statut » (SPVM, 2008 : En ligne). En quelques mots, les membres de gangs cherchent à satisfaire des besoins d’ordre affectifs, psychologiques et sociaux.

Certains traits de personnalité et comportements sont particuliers à la période de l’adolescence. Par contre, lorsqu’ils sont fortement représentés, il est possible de déceler un risque potentiel d’association à un groupe délinquant. Les traits de personnalité les plus fréquents sont « [les] troubles de comportement (p. ex. : violence, délinquance)[, la] faible estime de soi[, le] besoin de glorification ou rejet des normes » (SPVM, 2008 : En ligne). Au sujet des comportements, nous retrouvons d’autres indicateurs : porter des vêtements respectant un code particulier, posséder des vêtements et/ou des biens qu’ils n’ont pas les moyens financiers de se procurer, délaisser les activités et/ou les amis habituels, fréquenter des gens plus âgés, identifiés par des surnoms, dont les parents n’ont jamais fait leur connaissance, consommer des stupéfiants, avoir des propos haineux et/ou racistes, avoir des problèmes avec la police, posséder une arme (SPVM, 2008). Bien que ces traits de personnalité et ces comportements soient propres à l’adolescence, nous rappelons que ceux-ci doivent être considérés dans leur ensemble et qu’ils ne constituent qu’un risque potentiel.

Malgré les facteurs prédisposant à la fréquentation des gangs de rue, il existe des moyens de les éviter. Premièrement, il faut en parler afin de briser le silence. Le jeune ne doit pas rester seul avec son problème. Il peut notamment aller chercher du soutien auprès de sa famille, ses amis et de divers intervenants. Ensuite, il peut être pertinent de se renseigner sur le phénomène des gangs de rue et de leur méthode de recrutement. Le jeune n’a pas à tolérer la violence dont il peut être victime, ni d’être contraint à poser des gestes. Si vous croyez que l’un de vos proches est victime des gangs de rue, vous devez aussi aller chercher de l’aide en rejoignant le poste de police de votre quartier, le CLSC ou bien le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (SPVM, 2008).

Certes, il est important de réfléchir sur le phénomène des gangs de rue, mais la réflexion ne doit pas se terminer là!  Il faut aussi aborder les problèmes des jeunes d’aujourd’hui dans leur ensemble. Se pencher sur les difficultés d’adaptation et d’intégration, le décrochage scolaire, le chômage, la consommation abusive de drogues et d’alcool, le désarroi, etc. permettra certainement de mieux prévenir et intervenir auprès des jeunes et des gangs de rue.

Sources :

1] LANCTÔT, Nadine et Marc Le Blanc (1997), « Les adolescents membres de bandes marginales : un potentiel antisocial atténué par la dynamique de la bande », Criminologie, no. 30, vol. 1, pp. 111-130 ; GOLDSTEIN, Arnold P. et C. Ronald Huff (1993), The Gang Intervention Handbook, Champaign : Research Press.

[2] HAMEL, Sylvie, Chantal Fredette, Marie-France Blais, Jocelyne Bertot et Marie-Marthe Cousineau (1998), Jeunesse et gangs de rue, phase II : résultats de la recherche-terrain et proposition d’un plan stratégique quinquennal. Montréal, Centres jeunesse de Montréal et Institut de recherche pour le développement social des jeunes.

[3] SPERGEL, Irving A. (1995), The Youth Gang Problem: A Community Approach, New York, Oxford University Press ; KLEIN, Malcom W. (1995), The American Street Gang it’s Nature, Prevalence, and Control, New York, Oxford University Press ; VIGIL, James Diego (1993), «The established gang », (Scott Cumming and Daniel J. Monti, Ed) Gangs: the Origins and Impact of Contemporary Youth Gangs in the United States, New York : State university of New York Press, pp. 95-112 ; THORNBERRY, Terence P., Marvin D. Krohn, Alan J. Lizotte and Deborah Chard-Wierschem (1993), « The Role of Juvenile Gang in Facilating Delinquent Behaviour », Journal of Research in Crime and Delinquency, vol. 30, no. 1, pp. 55-87 ; GOLDSTEIN, Arnold P. et C. Ronald Huff (1993), The Gang Intervention Handbook, Champaign : Research Press ; MILLER, Walter B. (1983), « Youth Gangs and Groups », (Sanford H. Kadish, Ed) Encyclopedia of Crime and Justice, New York: Free Press,  pp. 1671-1679 ; YABLONSKY, Lewis (1970), The Violent Gang, Baltimore : Penguin Book, 2nd edition.

[4] Tel que mentionné sur le site Internet du SPVM, la définition adoptée est celle qui a été « validé en 1991 par le Service canadien de renseignements criminels et révisé en 2003 conjointement avec le ministère de la Sécurité publique du Québec » (http://www.spvm.qc.ca/FR/service/1_4_3_1_phenomene.asp).

[5] FOURNIER, Michèle (2003), « Jeunes filles affiliées aux gangs de rue à Montréal : cheminements et expériences », Les cahiers de recherches criminologiques, no. 39, Montréal, Centre international de criminologie comparée.

 

COUSINEAU, Marie-Marthe (2004), Création d’un réseau québécois d’échanges : Les jeunes et les gangs de rue : faut plus qu’en parler!, actes du colloque, 13 et 14 février 2003, en ligne.

COUSINEAU, Marie-Marthe, Sylvie Hamel et Annie Desmarais (2004), « Faits saillants de la consultation provinciale sur les jeunes et le phénomène des gangs au Québec », extrait des actes du colloque Création d’un réseau québécois d’échanges : Les jeunes et les gangs de rue, faut plus qu’en parler!, 13 et 14 février 2003, en ligne.

SERVICE DE POLICE DE LA VILLE DE MONTRÉAL (2008), Gangs de rue, en ligne.

Photo : Pixabay.com

Mise en ligne : avril 2005 © Alter Justice