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Personnes contrevenantes

Semaine de prévention de la toxicomanie 2015

Sevrage forcé : la prison

Par Mélanie Martel, avocate.

Du 15 au 21 novembre 2015 se tient la 28e Semaine de prévention de la toxicomanie.

 

"Ma dernière consommation remonte tout juste avant mon incarcération"

Mon travail consiste à aider les personnes détenues tout au long de leur incarcération. Dans 90% des cas où mes clients ont un problème de dépendance aux drogues, ceux-ci étaient intoxiqués à leur arrestation ou ils ont consommé la journée avant d’être incarcéré. Souvent lors de mes premières rencontres avec eux, je peux percevoir facilement des symptômes de sevrage. Habituellement, ils n’en parleront pas. Ils vont essayer de le dissimuler puisque selon eux c’est inutile d’en parler, les délais avant de pouvoir consulter un médecin sont très long.

Le syndrome de sevrage aux opiacés s’accompagne de rhinorrhée (écoulements nasals), de larmoiements (formation excessive de larmes), de douleurs musculaires, de frissons, d’une piloérection et, sous 24 à 48 heures, de crampes musculaires et abdominales. Le comportement de recherche compulsive est très marqué et persiste après la diminution des symptômes physiques.

Le syndrome de sevrage aux stimulants est moins clairement défini que les syndromes de sevrage de dépresseurs du système nerveux central; le phénomène de dépression est important et s’accompagne d’un état de malaise, d’inertie et d’instabilité. [1]

Lorsqu’une personne incarcérée a une dépendance à l’héroïne ou la morphine, elle sera rapidement prise en charge par le personnel de l’infirmerie et elle aura accès au programme de méthadone qui soulagera les symptômes de sevrage. [2] Toutefois, lorsqu’il s’agit de dépendance à d’autre substance (cocaïne, amphétamine, méthamphétamine, canabis, etc.) le soutien n’est pas le même. Je tiens à souligner qu’il y a toutefois des programmes d’aide à l’abandon du tabagisme et que les personnes incarcérées y ont accès dès leur entrée en détention. Pourquoi n’en est-il pas de même avec les problèmes de dépendances aux stupéfiants?

"On cache nos émotions, nos souffrances, notre sevrage."

Au moment du sevrage le besoin psychologique est élevé, malheureusement il y a très peu de soutien à ce niveau dans les établissements provinciaux. De plus, il faut souligner que la période de sevrage coïncide avec les premiers 30 jours d’évaluation pour le classement de la personne incarcérée. Dans cette période d’évaluation, les détenus se retrouvent tous dans le même secteur en attente de leur classement. Il y a souvent plus de conflits, d’altercations physiques et les personnes vont «cacher» leur dépendance afin d’avoir un classement favorable et pouvoir accéder au travail et aux programmes correctionnels.

 

À lire également : Semaine de prévention de la toxicomanie 2016 : « Il n'y a pas de magie, reste en contrôle.»

Sources :

1. Organisation mondiale de la santé, Prise en charge de l’abus de substances psychoactive, http://www.who.int/substance_abuse/terminology/withdrawal/fr/

2. Santé Canada, Meilleur pratique – traitement d’entretient à la méthadone, 2002, http://www.hc-sc.gc.ca/hc-ps/pubs/adp-apd/methadone-bp-mp/index-fra.php#a44

 

Photo: Dima V, Freeimages.com

Mise en ligne : novembre 2015 © Alter Justice