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Dossier peine de mort

La non-efficacité de la peine de mort

La peine de mort est une sanction judiciaire totalement inefficace, celle-ci encourage la violence et ne permet en aucun cas une baisse de criminalité.

 

Par Mélanie Beauregard

Aucune étude sérieuse n’a réussi à ce jour à prouver hors de tout doute que la peine de mort était dissuasive. Tout au contraire, la majorité des recherches sur le sujet démontrent que la mort, comme sanction, n’a jamais empêché une personne motivée à commettre une infraction criminelle de la perpétrer. De plus, il arrive souvent qu’un acte judiciarisable soit commis sans préméditation ou sur l’impulsion du moment et même de manière accidentelle. Dans ce type de situation, il semble encore une fois peu probable que la personne en cause se soit arrêtée pour penser aux conséquences pouvant découler de son acte.

 Prison

Afin de bien illustrer la situation, un bourreau de prison londonienne s’est livré à Amnistie Internationale et voici ce qu’il avait à dire : «Tous les hommes et les femmes que j’ai eues en face de moi à leurs derniers instants m’ont convaincu que tout ce que j’avais fait n’avait pas empêché un seul meurtre, […] la leçon de toutes ces années, c’est que l’exécution ne fait que susciter vengeance et rancœur.» . Ceci résume bien le fait que la peine capitale n’a pas d’effet dissuasif et que celle-ci ne fait qu’encourager un certain cercle vicieux de violence. En effet, il semblerait que les pays qui appliquent la peine de mort comme sanction judiciaire aient des taux de criminalité plus élevés que ceux qui ne l’ont pas adoptée.

Si l’on prend en exemple les États-Unis, «le taux d’homicides moyen était de 5,71 pour 100 000 habitants pour les États recourant à la peine de mort, et de 4,02 pour 100 000 pour les États n'appliquant pas ce châtiment» . Donc si on fait le calcul, un État américain appliquant la peine de mort comme la Pennsylvanie qui a une population de 12 702 379 (2010) habitants aurait un total de 725,31 meurtres versus l’État de l’Illinois, qui n’applique pas cette sanction, a une population similaire de 12 830 632 (2010) habitants aurait un total de 515,79 meurtres. Il y a donc une différence de 209,52 homicides de plus pour l’État octroyant la peine capitale. Ce chiffre est non négligeable!

On observe cela partout ailleurs, même au Canada, où le pourcentage d’homicide a diminué de 52% depuis l’abolition de la peine de mort. C’est plus de la moitié!

Coupable, vraiment?

La peine de mort est sans aucun doute la sanction la plus sévère qui puisse être octroyée en conséquence à un crime commis. Cependant, le problème majeur avec celle-ci est qu’elle est irréversible. Il ne faut pas oublier que les erreurs judiciaires existent et que des gens se font parfois acquitter après plusieurs années d’incarcération. Dans le cas qui nous intéresse, lorsque l’on se rend finalement compte que la personne condamnée à la sentence de mort est décédée pour un crime qu’elle n’a pas commis, non seulement on ne peut plus rien faire pour cet individu puisqu’il n’est plus de ce monde, mais la famille et les proches du défunt doivent accepter le fait qu’une personne qu’ils aimaient et estimaient soit décédée par erreur. Il arrive cependant des cas où les personnes se trouvant dans le couloir de la mort se voient innocenter peu avant leur exécution. Toutefois, il n’en reste pas moins que plusieurs années de leurs vies ont été gâchées à cause d’une erreur judiciaire. En fait, selon la une étude de l’Académie américaine des sciences, sur tous les condamnés à mort dans les trente années précédant l’année 2004 et se chiffrant à près de 7500 individus, près de 4,1% d’entre eux se verraient innocenter, ce qui équivaut près de 307 vies innocemment condamnées à mourir pour un crime qu’ils n’ont pas commis!

Alternatives efficaces

Comme il a été mentionné précédemment, la peine de mort n’a pas d’effet dissuasif sur la commission ou non d’un acte criminel. Des méthodes beaucoup plus efficaces ont fait leurs preuves. La répression drastique n’aide en rien et ce n’est pas en augmentant la sévérité des peines que le taux de criminalité descendra. La certitude de punition de l’acte criminel, et non pas l’élimination de la personne, suivi de prévention de type récidive ainsi que des programmes de réinsertion sociale sont en l’occurrence les meilleures options pour la réhabilitation des judiciarisés et ex-judiciarisés. Ce dernier point est d’ailleurs approuvé par une étude menée par la Sécurité publique du Québec qui mentionne que : «En clair, l’utilisation des processus de libération graduelle accompagnée de programmes et de services associés aux problématiques en lien avec la délinquance (employabilité, toxicomanie, éducation, etc.) demeure la meilleure façon d’augmenter les possibilités d’éviter un retour en prison.» . Le but dans tout cela est de permettre à l’individu concerné de trouver des ressources adéquates et de développer les aptitudes nécessaires à un bon fonctionnement en milieu social pour ainsi réduire les chances de récidives.

Bref, la peine de mort est une sentence inefficace qui favorise l’excès de violence plutôt que sa réduction. De plus, celle-ci peut affecter la vie d’innocentes personnes en les condamnant à tort, laissant ainsi des familles brisées par une quelconque erreur judiciaire. Il existe des moyens beaucoup plus efficaces en prévention du crime qui peuvent réellement réduire le taux de criminalité ainsi que réduire le taux de récidive. La loi est censée être celle qui montre la bonne voie à suivre, bref qui donne l’exemple. Cependant, comment peut-elle proscrire le meurtre et le rendre légitime à la fois pour son propre usage? Au fait tout cela ne fait aucun sens, c’est une contradiction pure et dure et comme le dit si bien « Victor Hugo " Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! "» . Alors parler d’efficacité en ces circonstances… il n’en tient qu’à vous de décider.

 

Sources :

[1] Amnesty International, (2003), La peine de mort – Dossier pédagogique pour l’enseignement secondaire, Papier libre.

[2] Amnesty International, L’autopsie de la peine de mort – Mythes et réalités

[3] Sécurité Publique Québec, (2010), Plan d’action gouvernemental 2010-2013 – La réinsertion sociale des personnes contrevenantes : une sécurité durable – Pourquoi la réinsertion sociale des personnes contrevenantes, Gouvernement du Québec.

[4] Révolte, Principaux arguments contre la peine de mort

Références

Amnesty International, (2003), La peine de mort – Dossier pédagogique pour l’enseignement secondaire, Papier libre.  >>>

Amnesty International, (2013), La peine de mort : pourquoi être contre. >>>

Amnesty International, (2006), La peine de mort n’est pas dissuasive.

Amnesty International, L’autopsie de la peine de mort – Mythes et réalités >>>

Blanchard, M., (2014), États-Unis : plus de 4% des condamnés à mort seraient innocents, Le Figaro,  >>>

Révolte, La peine de mort aux États-Unis - États américains dont la législation prévoit la peine de mort : 38,  >>>

Révolte, Principaux arguments contre la peine de mort,  >>>

Sécurité Publique Québec, (2010), Plan d’action gouvernemental 2010-2013 – La réinsertion sociale des personnes contrevenantes : une sécurité durable – Pourquoi la réinsertion sociale des personnes contrevenantes, Gouvernement du Québec.

Wikipédia, (2010), Démographie des États-Unis – Chiffres des recensements de 2000 à 2010 par États,  >>>

Office des Nation Unies contre la drogue et le crime (UNODC), (2013), Manuel d’introduction pour la prévention de la récidive et la réinsertion sociale des délinquants, Nation Unis, New-York,  >>>

 

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Mise en ligne : octobre 2016 © Alter Justice