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Détention & Services correctionnels

Journée mondiale de lutte contre le sida

Sida et prison

Par Renaud-Selim Sanli

La Journée mondiale de lutte contre le sida a lieu le 1er décembre, depuis 1988, date choisie par l’OMS la même année. Alter Justice souligne l’importance de cette journée pour revenir sur l’actualité de cette lutte quand aujourd’hui plus de 35 millions de personnes sont séropositives dans le monde. Cette année la journée mondiale portera sur le thème : « Levons la main pour #prévention VIH ».

 Sida

Cette journée est une occasion importante pour revenir sur un dossier aussi brulant et afin de soutenir une lutte commune contre le sida par un maintien et un accroissement des moyens de préventions et de sensibilisation. Cette journée doit servir de piqure de rappel pour un combat quotidien et de longue haleine.

Le 1er décembre marque aussi la Semaine nationale de sensibilisation du sida chez les autochtones, dont l’objectif est : « Atteindre zéro. Zéro nouvelle infection au VIH. Zéro discrimination. Zéro décès relié au sida » chez des peuples pour qui les proportions sont épidémiques : 3,6 fois supérieures à celles des autres Canadiens. Des évènements et ateliers vont être mis en place à travers le Canada par le biais d’initiatives populaires.

Si Alter Justice souligne son engagement dans le sens d’une lutte contre le sida et contre les discriminations qui y sont liées, c’est parce que l’épidémie touche fortement des populations minoritaires (noirs, autochtones, LGBTQI, etc.) faisant l’objet de formes différentes de ségrégation. L’accès aux soins et à des méthodes de prévention efficaces est l’un des enjeux majeurs.

La prison est un lieu qui condense ces problèmes et défis.

La proportion de personnes en prison atteintes par le sida est de 10 à 30 fois supérieure à celle du reste la population canadienne. Cette différence peut s’expliquer par un nombre important de détenus arrivant en prison déjà porteurs du virus (parce qu’ils font pour la plupart déjà partie de populations à risque disposant d’un accès compliqué aux moyens et informations de préventions contre le sida), mais aussi à cause du peu de moyens disponibles en prison. Le difficile accès aux soins adéquats pour la population carcérale vient renforcer cette tendance.

La transmission du sida en prison est due au départ au tabou qui règne sur le VIH, que ce soit en dehors ou dans les établissements pénitenciers. Un nombre important de personnes incarcérées ne se font pas dépister (par manque d’information) ou ne relèvent pas leur condition (par tabou) à leur arrivée. Des pratiques à risque, si non-encadrées, viennent compliquer la tâche pour mettre un frein à l’épidémie. On trouve dans ces pratiques le tatouage amateur, mais aussi l’injection de drogues et les rapports sexuels non-protégés en détention. Ce manque de moyens de prévention, par volonté ou désintérêt des pouvoirs publics, a aussi un cout important.

Une recherche menée par van deur Meulen de l’Université Ryerson montre que les couts associés au VIH représentent plus de 30 000 dollars par an et par cas. Un moyen simple et efficace, ayant déjà fait ses preuves en Suisse par exemple, pour enrayer la pandémie en prison serait de mettre en place un programme de « seringues en prison » (PSP). En juin 2016, près de 250 organismes ont signé une déclaration demandant au gouvernement fédéral et des provinces de mettre en place un tel programme. Comme le précise cette déclaration, il s’agit tant d’un problème de santé en milieu carcéral qu’un enjeu de santé publique. La mise en place d’un tel programme de prévention (qui devrait aussi se compléter par un programme d’information et de prévention lié aux transmissions par rapports sexuels) prend place tant dans un changement cap en matière de politique contre la drogue, mais aussi de désengorgement des prisons. Cette fin de la « guerre aux drogues » est appuyée depuis 2066 par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, l’OMS et ONUSIDA qui affirmaient que : « des mesures pour réduire la population carcérale et la surpopulation en prison devraient faire partie — et être considérées comme un élément essentiel — d’une stratégie complète visant à prévenir le VIH et à améliorer les soins de santé et les conditions de vie en prison ». Faire de ces luttes un objectif principal des temps à venir s’avère primordial pour une épidémie qui a touché plus de 2,1 millions nouvelles personnes en 2015.

Depuis sa découverte le sida a fait plus de 20 millions de morts.

Rappelons que le 1er décembre est aussi une journée de commémoration.

 

Mise en ligne : décembre 2016 © Alter Justice