Dossiers > Articles

Justice & Sentences

20 février 2017

Journée mondiale de la justice sociale 2017

Par Renaud-Selim Sanli

La journée du 20 février est depuis 2009 celle de la Journée Mondiale de la Justice Sociale proclamée par l’Organisation des Nations Unies (ONU). L’ONU annonce que la réduction des inégalités en faveur du développement et de la dignité humaine est une priorité mondiale.

 Journée mondiale de la justice sociale 2017

La quête d’une justice sociale pour tous doit en passer par une plus grande répartition des richesses, par un renforcement de l’accès à la justice et un renforcement de l’application des droits fondamentaux. Ces principes ne sont pas et ne doivent jamais être pris comme acquis au sein de nos sociétés dites démocratiques.

Fort de ce constat, Alter Justice mène une lutte quotidienne pour une application optimale, réelle et effective d’une justice sociale. La prison est un lieu paradigmatique quant aux failles d’une telle justice sociale. Elle rassemble et condense en un lieu clos des problématiques sociopolitiques liées aux discriminations de genre et de race, mais aussi liées aux situations des autochtones et des minorités ethniques, d’accès aux soins et à l’éducation. Si les Journées Mondiales peuvent être utiles afin d’éclairer des luttes spécifiques, elles ne doivent pas être l’unique moment d’une prise de conscience. Les luttes doivent être continues et englobantes. Selon David Alper (2015), professeur à l’Université de St. Boniface et spécialiste des questions sociales, une société en quête de justice sociale est une « société qui s’occupe des marginalisés », et ce dans un but d’étendre l’autonomie politique, économique et sociale de tous ses membres. Alter Justice entend profiter de cette journée pour promouvoir l’un de ses objectifs phares : la réinsertion sociale des personnes judiciarisées.

La réinsertion sociale bénéficie tant aux individus incarcérés qu’à la société tout entière en réduisant notamment le risque de récidive. Être en faveur de la réinsertion sociale quant aux personnes incarcérées implique de ne plus penser la peine comme un châtiment, mais comme le moment de la réparation du lien social brisé par l’infraction. Elle implique le corps tout entier de la société et s’oppose à une responsabilisation des individus considérés comme fautifs.

Alter Justice insiste sur le caractère éminemment politique et collectif d’une telle responsabilité. La quête d’une justice sociale comprise comme un meilleur accès aux droits fondamentaux et comme la réduction des inégalités vient s’opposer à l’atomisation des individus marginalisés et disposant de peu de moyens d’action.

Un axe défini comme majeur par les discours étatiques et les organisations internationales dans le cadre d’une justice sociale est celui de l’accès au travail. Actuellement, l’une des campagnes principales d’Alter Justice est celle en faveur d’une suspension du casier judiciaire pour tous. En effet, depuis 2012 des modifications apportées au processus de demande de réhabilitation ont eu pour conséquence de réduire l’accès à une demande de suspension de casier (délais d’attente plus longs, couts plus onéreux etc.). Ces obstacles font de la réinsertion sociale par le travail un long chemin de croix et touchent potentiellement 15% de la population canadienne, soit les 4 millions de personnes qui possèdent un casier judiciaire.

Il est compréhensible que l’accès au travail puisse faire l’objet de restrictions lorsqu’il s’agit d’emplois auprès de personnes vulnérables et que l’infraction est en lien direct avec ce milieu. Seulement cela n’explique pas une discrimination systématique des personnes judiciarisées. Tous emplois confondus, deux employeurs sur trois effectueraient des contrôles d’antécédents judiciaires amenant à un rejet automatique de 7% des postulants avec casier et 10% qui seront désavantagés d’une manière ou d’une autre. Freiner ainsi la réinsertion a pour conséquence d’amplifier des problématiques déjà existantes de santé (couverture des soins, accès aux soins, etc.), d’éducation, mais aussi des problèmes de criminalités (le risque de récidive étant accru). Selon une étude de Gillis, Montiuk et Belcourt (1998), le « le taux de nouvelles condamnation pour les délinquants employés était la moitié de celui des délinquants sans travail tandis que leur taux de perpétuation de nouvelles infractions de violence correspondant au quart de celui du second groupe » . Alter Justice met tout en œuvre pour une suspension du casier judiciaire pour tous et rappelle que la non-discrimination quant à l’accès au travail est un droit fondamental de la Charte des droits et libertés de la personne à l’article 18.2.

La justice sociale est l’affaire de tous : elle implique les États dans la garantie des droits fondamentaux, les acteurs institutionnels et tous les partenaires sociaux afin de mettre en pratique ces droits et d’œuvre au quotidien pour une amélioration globale des conditions de vie et la justice sociale est aussi l’affaire de tous en tant que collectif social dans l’optique de renforcer les liens qui nous unissent et nous rendent solidaires.

 

Mise en ligne : février 2017 © Alter Justice