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Criminalité

Semaine des victimes et des survivants d’actes criminels 2017

Favoriser la résilience

Par Anne Gabrielle Lechasseur

La société inscrit dans son fonctionnement un cadre de régulation des comportements permis et certains autres proscrits. À partir de ce principe, certaines personnes entrent dans cette conformité initiée par la société à laquelle ils appartiennent, tandis que d’autres devront faire face à la justice pour leurs actes répréhensibles. Ce contact avec l’appareil de justice stigmatise chacun d’entre eux, que ce soit par l’expérience judiciaire, le casier judiciaire ou le regard des autres. L’étiquetage des personnes ayant fait face à la justice est, de façon générale, plutôt négative. Cet écart de comportement crée une distance sociale. De part cette distance, le stigmate que ces personnes subissent reste ancré et peut être traumatisant.

 Prison

Les personnes incarcérées tendent à subir beaucoup plus d'événements pénibles que la population en générale. En effet, comme l’auteur Donna E. Chubaty (2001) l’indique dans sa thèse La victimisation, la peur et l’adaptation au milieu carcéral, les événements difficiles obligent à faire appel à ses propres capacités d’adaptation. Parfois, ces événements réduisent les ressources que l’individu a en main, ou croit avoir, et le replonge dans une situation difficile.

Il est possible de supposer qu’un bon nombre des personnes incarcérées ont eu à subir des expériences de victimisation en bas-âge, au moment même de leur développement psychosocial. Ils auraient donc pu être victimes avant de devenir délinquants. De fait, une étude de Tolman et Bennett (1990, citée sur le site du Service correctionnel du Canada, 2013) démontre qu’une bonne partie des détenus ont vécus de la violence familiale :

  • 50,2% des détenus ont été victimes ou témoins de violence physique, sexuelle ou psychologique ou encore de négligence dans leur famille;
  • 39,6% des détenus de l'échantillon avaient fait l'objet d'actes de violence physique ou sexuelle commis par un membre de leur famille, en général le père;
  • 24,6% des détenus de l’échantillon avaient été témoins de violence envers leurs frères et sœurs ou leurs parents.

C’est ainsi, dans le cadre de la Semaine des victimes et survivants d'actes criminels que nous ouvrons une porte vers un sujet caché de la population carcéral et de la population en générale. Malgré que ces personnes aient pu commettre des crimes, est-il possible qu’elles aient été victimes auparavant?

Cette semaine toute spéciale est une initiative annuelle de sensibilisation du Centre de la politique concernant les victimes du ministère de la Justice du Canada. Cette semaine imbrique aussi les survivants d'actes criminels qui rend hommage aux nombreuses personnes victimes d'actes criminels qui ont surmontées leur victimisation et s'identifient comme survivants. Les victimes d’actes criminels doivent vivre avec le fardeau de leur victimisation pour le reste de leur vie. Les actes criminels subis changent la vie de plusieurs personnes, peuvent survenir à tous les âges et dans toutes les classes sociales. C’est aussi une journée pour rappeler que la violence n’est jamais une solution, mais que si une personne a été victime d’actes criminels, plusieurs services peuvent lui venir en aide.

 

Sources :

Chubaty, D. E. (2001). Victimization, fear, and coping in prison. Thèse de Doctorat, Université du Manitoba, Canada.

Gouvernement du Canada. (2016). Semaine des victimes et survivants d’actes criminels, Droits des victimes du Canada, version mise à jour en février 2016, Ottawa, Ontario. (19-04-16)

Robinson, D. et Taylor, J. (1995). La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale : étude fondée sur l'examen des dossiers (Ottawa: Service correctionnel du Canada).

Service correctionnel du Canada (site internet archivé). (2013). La violence familiale chez les délinquants sous responsabilité fédérale : Étude fondée sur l’examen des dossiers. Consulté en  avril 2016.

 

 

Photo : Pixabay.com

MiseMise en ligne : mai 2017 © Alter Justice