Statistiques

Profil des personnes incarcérées

Dernière mise à jour : 27 juillet 2015

Un portrait de la population carcérale du Québec

Qui sont les personnes incarcérées au sein des prisons québécoises? Voici quelques données qui vous permettront de mieux comprendre le profil de la clientèle carcérale du Québec, selon différentes sphères.

On dit souvent que la prison est un concentré des diverses problématiques que l’on retrouve dans la société. Bien souvent, ce sont ces problématiques qui ont conduit la personne en détention. Si l’on veut réellement travailler à la réinsertion sociale des personnes contrevenantes, il importe de bien comprendre qui sont les personnes qui se retrouvent derrière les murs de nos prisons et d’agir sur les facteurs criminogènes et les problématiques qui les y ont conduits. On pense principalement aux problèmes de toxicomanie, de pauvreté, de décrochage scolaire, etc. Sans cela, l’incarcération ne devient qu’une mesure purement punitive et contreproductive. Si l’on veut réellement réduire le risque de récidive, il faut avant tout tenter de régler les problèmes qui ont poussé la personne dans la voie de la criminalité et travailler, dès le premier jour de l’incarcération, à sa réinsertion sociale.

Majoritairement des hommes

« La clientèle correctionnelle est majoritairement composée d'hommes célibataires, d'expression française et de religion catholique. » [1]  Bien que la majeure partie de la clientèle correctionnelle soit composée de personnes âgées de moins de 40 ans, on remarque depuis quelques années un phénomène de vieillissement de la population carcérale. La proportion de personnes âgées de 50 ans et plus est passée de 13.9 % en 2007-2008 à 15.6 % en 2012-2013.

† données 2012-2013

La grande majorité des personnes condamnées sont citoyens canadiens.

Seule une faible proportion de la clientèle correctionnelle est née à l’extérieur du Canada et pour la grande majorité de ces personnes (86 %), elles habitent le Canada depuis au moins cinq ans.  En 2007-2008, 1.2 % des personnes incarcérées dans les prisons québécoises n'étaient pas citoyens canadiens.

Les Autochtones sont surreprésentés dans les établissements de détention.

Les Autochtones constituaient 4.3 % de la population carcérale présente dans les prisons québécoises en 2007-2008, alors qu’ils ne représentaient que 1.2 % de la population totale du Québec à cette même période.  La surreprésentation des Autochtones à toutes les étapes du processus judiciaire est un phénomène recensé dans la littérature scientifique depuis plus de 30 ans.  Pour en savoir davantage, consulter l'article : La surreprésentation des Autochtones dans le processus judiciaire.

Troubles à l'adolescence

Plusieurs personnes condamnées présentaient des troubles de conduite à l’adolescence. Parmi les comportements les plus souvent observés avant l’âge de 15 ans on note, dans l’ordre, faire l’école buissonnière (62.6 %), mentir fréquemment (50,0 %), se bagarrer (42,5 %), intimider d’autres enfants (34,4 %).

« Les troubles de la conduite constituent les bases de la personnalité antisociale adulte et peuvent entraîner plusieurs conséquences négatives, notamment, des problèmes scolaires, voire l'expulsion de l'école, des difficultés d'adaptation au travail, des démêlés judiciaires, des accidents, etc. (American Psychiatric Association, 1994). » [2]

Le décrochage scolaire

Bien que la majeure partie des personnes condamnées sache lire, écrire et compter, le niveau de scolarité des personnes en détention est généralement peu élevé. Le décrochage scolaire est une problématique observée chez bon nombre de personnes contrevenantes. Aussi, malgré le fait que plusieurs ont pu reprendre des cours après leur premier abandon scolaire, on remarque qu’un grand nombre de personnes ne détiennent aucun diplôme.

Sans emploi au moment de leur incarcération

Majoritairement, les personnes prises en charge par les services correctionnels sont sans emploi.  Néanmoins, 33 % des personnes condamnées ont un travail comme principale source de revenus.   Cependant, pour la grande majorité des gens qui avaient des revenus d'emploi, celui-ci était inférieur au salaire moyen de la population.

Bien qu'une grande partie de la clientèle carcérale étaient sans emploi, seule une minorité de gens bénéficiaient de l’aide sociale (4.3 %), de l’assurance-emploi (7.4 %) ou de rentes (3.4 %) au moment de leur prise en charge par les services correctionnels. 18,8 % des personnes condamnées ont déclaré avoir comme source principale de revenus un travail illicite ou au noir. 33 % n'avaient aucune source de revenus.

Sans domicile fixe

Un peu plus du quart des personnes détenues n’ont pas de domicile fixe, c’est-à-dire « une habitation possédant une adresse municipale et où une personne demeure ordinairement de façon légale et officielle » [3] . Les gens sans domicile fixe ne sont pas nécessairement « sans abris » et cette situation s’explique souvent par leur judiciarisation antérieure.

Toxicomanie: une problématique importante

Les problèmes de dépendances à l’alcool et aux drogues sont fréquents parmi la clientèle correctionnelle. On note une consommation d’alcool plus élevée chez les personnes contrevenantes que pour l’ensemble de la population.

 

Santé mentale: un problème croissant

« Les problèmes d'ordre émotionnel ou psychologique sont très présents au sein de la clientèle correctionnelle du Québec, puisqu'un contrevenant sur deux a déjà consulté un professionnel pour un problème de cet ordre, un sur trois s'est fait prescrire des médicaments et un sur cinq a fait l'objet d'une hospitalisation » En 2011, la Protectrice du citoyen sonnait l'alarme à ce sujet et dénonçait le fait que les établissements de détentions n'étaient pas adaptés pour cette clientèle de plus en plus importante. Selon les données présentées par la Protectrice du citoyen en 2011, plus de 60 % des personnes en détention souffraient d'un problème de santé mentale, contre 20 % dans la population générale. [4]

La problématique du suicide est aussi très importante en détention. Pour en savoir plus sur le sujet, nous vous invitons à consulter les articles suivants :

Détresse entre quatre murs: Un portrait inquiétant du suicide en détention
Suicide et automutilation en prison

 

Crimes sans violence

La majorité des personnes incarcérées dans les prisons québécoises le sont pour des infractions contre la propriété, majoritairement le vol (11 %) et les introductions par effraction (8 %). Une part importante des personnes en détention le sont pour les infractions liées aux drogues et stupéfiants (13.1 %) ainsi qu’aux infractions liées à la conduite de véhicule (13.5 % [boisson et circulation: 10.4 % & règlements municipaux: 3.1 %] ).

Environ 16 % des personnes incarcérées le sont pour une infraction contre la personne, dont la grande majorité pour des voies de fait  (11 %). Seule une très faible proportion des personnes incarcérées dans les prisons québécoises le sont pour des crimes d’abus physiques sur des enfants (0.5 %) et des abus sur des personnes âgées (0.1 %).

Bien que les crimes violents (infractions contre la personne) fassent généralement plus souvent la manchette dans les médias, la majorité des crimes commis ne sont pas des crimes avec violence. >>>

* données de 2007-2008.

Pour en savoir davantage

Publié en 2002, le Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec du Ministère de la Sécurité publique du Québec dresse un portrait complet des personnes confiées aux Services correctionnels du Québec, comprenant à la fois les personnes en milieu fermé (condamnées et prévenus) et en milieu ouvert (probation et sursis). Afin de présenter un portrait le plus juste possible des personnes incarcérées, les données concernant les personnes condamnées sont ici présentées.

Lorsque disponibles et complètes, les données plus récentes ont été privilégiées. Celles-ci sont identifiées par le symbole * pour les données de 2007-2008 et par le symbole † pour les données de l'année 2012-2013. Ces données dressent un portrait plus global de la clientèle incarcérée, puisqu'elles comprennent à la fois les personnes condamnées et les personnes en détention préventive.

Il est possible de consulter ces documents ainsi que diverses analyses en visitant le site Internet du ministère de la Sécurité publique du Québec.

Les données présentées sur cette page concernent les personnes incarcérées dans les établissements provinciaux du Québec.  Au Canada, le système carcéral est partagé entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral. Les provinces gèrent les « prisons », qui accueillent les personnes condamnées à une sentence de 2 ans moins 1 jour ou moins. Aussi, les prisons provinciales accueillent toutes les personnes incarcérées durant leur procès, peu importe le délit commis. Il peut donc s’agir de personnes ayant commis des délits mineurs comme des crimes graves, et même des personnes qui pourraient être déclarées non coupables. C’est ce qu’on appelle la « détention préventive » et les personnes ainsi incarcérées sont appelées « prévenus ». En 2013-2014, 46 % des personnes incarcérées dans les prisons du Québec l’étaient en détention préventive.

De son côté, le gouvernement fédéral est responsable des « pénitenciers », qui accueillent les personnes condamnées à une sentence de 2 ans et plus.

Sources et références

Sources :

ROBITAILLE, C., GUAY, J-P. et SAVARD, C. (2002). Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec 2001, Montréal, Société de criminologie du Québec pour la DGSC du Ministère de la Sécurité publique du Québec, 128 p.

* : GIROUX, L. (2011). Profil correctionnel 2007-2008 : La population correctionnelle du Québec, Québec, Services correctionnels, ministère de la Sécurité publique, 71 pages.

† : CHÉNÉ, B. (2014). Statistiques correctionnelles 2012-2013, Québec, Services correctionnels, ministère de la Sécurité publique. 23 pages.

 

[1] Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec 2001, p.20

[2] Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec 2001, p. 29

[3] Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec 2001, p. 47

[4] JOURNET, Paul. « Santé mentale en prison: la Protectrice du citoyen sonne l'alarme », dans La Presse, 11 mai 2011.

 

Sources des icônes: flaticon.com, sauf icone suicide : Noose par Erik Wagne, Noun Project..

 

Mise en ligne : juillet 2015 © Alter Justice