Unité 9 : De la fiction à la réalité

Proches des personnes incarcérées : le choc de la détention

Par Relais Famille

Pour la majorité des gens, apprendre que l’un de ses proches sera incarcéré est un choc immense. À l’arrestation s’ajoutent ensuite le procès, le verdict, puis la détention, parfois la maison de transition et, finalement, la libération, conditionnelle ou totale. Plusieurs femmes, mères, frères, enfants de détenus ne connaissent absolument rien au monde judiciaire et carcéral avant de s’y retrouver confrontés, bien malgré eux. Ce parcours est lourd en émotions et en épreuves de toute sorte. Honte, culpabilité, angoisse, isolement sont une infime partie de la gamme d’émotions par laquelle passera le proche d’une personne incarcérée. Nous vous présentons cette semaine quelques témoignages de femmes qui ont vécu la détention d’un proche et qui ont bien voulu en dire quelques mots. Les prénoms ont été modifiés pour conserver l’anonymat.

« Nul n’est à l’abri de rien. On ne sait jamais quand le malheur nous frappera et c’est très lourd d’en porter les conséquences.   La peur, la honte, l’isolement, l’anxiété, le rejet, la colère sont tous vécus quand un de nos proches est incarcéré. On se retrouve seule face à nous même sans personne à qui parler, se confier. On se sent tellement seule… » Suzanne – mère de détenu

« J’ai passé par toute sorte d’épreuves depuis l’arrestation de mon chum et par toutes sortes d’émotions, de la solitude au découragement, de la tristesse au doute que j’arriverais à continuer. Pour nous (mes quatre amours et moi), ce n’est pas encore fini, même si ce n’est pas si loin par rapport à d’autres, ça me paraît loin. Dans un an, il sera probablement libéré. » Cathy – conjointe de détenu

 « Fin mars 2008, par une soirée plutôt tranquille, je m’installe devant le téléviseur pour écouter les nouvelles du jour. La première image que je vois est celle de mon fils. Il est activement recherché pour meurtre au premier degré. Sous le choc, je me dis que je suis en train de vivre le pire cauchemar de ma vie, celui que je redoutais le plus. Est-ce le ciel qui vient de me tomber sur la tête ? En tentant de garder mon sang froid, je mets tout en branle pour le retrouver. Je viens tout juste d’avoir une conversation avec une amie sur le sujet. Nous discutions justement de cet événement qui s’était produit quelques jours auparavant et elle me demandait comment je réagirais si mon propre fils était impliqué dans cet acte criminel. Sans savoir à ce moment-là qu’il était impliqué, ma réaction a été objective. C’était clair pour moi que je ne le savais pas et que je ne pouvais savoir quelle serait ma réaction sans l’avoir d’abord vécu. Mais, je suis une mère et, quand on est une mère, on doit aimer nos enfants inconditionnellement.  Ce soir là, malgré moi, j’ai su comment je devais réagir.

En faisant des téléphones, je l’ai retrouvé. Sous le choc et en larmes, il me dit : « Mam, j’ai rien fait… Excuse-moi ! » Je lui ai dit : « Je sais, tu n’as pas besoin d’en dire plus, je sais… tu es encore mon gars et je t’aime… Je veux t’aider, fais-moi confiance. » […]

Je me suis rendue au palais de justice de Montréal pour assister à sa première comparution devant un juge. Arrivée sur place, je ne me suis pas sentie à l’aise dans ce milieu. C’était la première fois que j’y mettais les pieds et j’étais entourée d’une vingtaine de journaliste à l’affût de la moindre information.  […]» Marie – mère de détenu

« Je suis la sœur d’un détenu qui a passé 17 ans en prison. Un hasard de la vie a fait qu’après environ 16 ans d’absence, on se retrouve et je le prends chez moi pour une transition de 15 mois. C’est mon frère, mais on ne se connaît pas vraiment. Les procédures avant de se voir durent environ un an.

Pendant ce temps, je suis contente à l’idée de revoir mon frère et de lui donner une seconde chance dans la vie. Alors, je le dis à tout le monde : mes clientes, ma famille, mes amies. Ils font semblant de comprendre, mais ne reviennent plus, par peur. La criminelle, maintenant, c’est moi, parce que j’aide quelqu’un qui a commis un meurtre. Alors, j’ai appris à vivre en silence. Et je me suis rendue compte que le regard des autres fait mal, très mal. La haine a monté en moi, j’ai fuit le monde, je voulais rester seule, personne à parler, des nuits blanches à pleurer seule, la méchanceté des autres prend le dessus sur soi. » Louise – Sœur de détenu

« Tout d’abord, l’arrestation inattendue un certain matin.
 Mais que ce passe-t-il ? Les policiers sonnent à la porte.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
On accuse mon conjoint. Est-ce un coup monté ou quoi ?
Je n’y comprends rien.
On l’amène au poste.  Il me dit qu’il m’appellera aussitôt que ce lui sera possible.

Moi, je reste plantée là, abasourdie des événements, me croyant dans un film. Les policiers fouillent la maison, on me questionne. Mais qu’est-ce que ce cirque ?

Enfin, ils partent. Je suis seule avec plein de questions dans ma tête. Pour ne pas devenir folle, je me garoche dans le ménage pour faire passer mes larmes, le stress, la colère, la peur du lendemain et j’attends son téléphone. On le libère le soir même, je vais le chercher.

Durant 18 mois, frais d’avocat, stress, questionnement, mais aussi appui de la famille et des amis qui nous aident à traverser le tout.

Ma première visite en prison a été assez difficile. Pénétrer dans cet établissement froid, passer la sécurité, voir de jeunes enfants qui venaient visiter leur papa et pleuraient en repartant. J’entrais dans un tout nouveau monde qui m’était inconnu. Se parler au travers une fenêtre sans pouvoir se toucher et avec seulement 45 minutes pour se dire tant de choses. […]» Jeanne – Conjointe de détenu

« Ce qui est le plus difficile lorsqu’un proche est incarcéré, c’est de sentir son cercle social se distendre. Voir ses vagues connaissances s’éloigner est une chose, mais lorsque nos amis, notre famille, nos voisins et nos collègues espacent de plus en plus leurs visites et leurs appels jusqu’à nous laisser complètement seule, c’est là que débute réellement l’isolement. Se promener dans la rue et entendre les gens chuchoter dans son dos, réaliser qu’on ne se fait plus inviter nulle part et comprendre qu’on dinera toujours seule au bureau dorénavant, c’est extrêmement souffrant. Pourtant, est-ce un crime d’aimer et de soutenir une personne incarcérée ? Vivre avec un proche en détention est déjà une épreuve suffisamment lourde. Pourquoi doit-on aussi supporter la sentence imposée par les proches ? » Sophie – Fille de détenu 

Si vous vivez difficilement la détention d’un proche, n’hésitez pas à contacter Relais Famille.

À lire également : La dure sentence des familles | Dossier spécial | La Presse, 26 novembre 2012. >>>

 

 

Important : les renseignements fournis sont à titre d'information et ne peut être utilisé comme des textes ayant une valeur juridique.  Seuls les textes officiels des Lois et des Règlements ont force de loi.

Mise en ligne : décembre 2012 © Alter Justice