COMMUNIQUÉ | Virage répressif dans les prisons québécoises

Direction AJ
Last update :
19 August 2026

Autrices : Ariane Gravel, Alexane Pronovost, Zoé Clermont
Crédit image : Inconnu

Mots : 840
🕐 : environ 5 min

 

Alter Justice dénonce un virage répressif dans les prisons québécoises

Québec, le 20 août 2026 – Alter Justice exprime aujourd’hui ses préoccupations quant aux impacts des nouvelles directives du ministère de la Sécurité intérieure (MSI) sur le régime disciplinaire en vigueur dans les établissements de détention du Québec. Le 13 août dernier, le ministre de la Sécurité intérieure, monsieur Ian Lafrenière, a annoncé des changements au Règlement d’application de la Loi sur le système correctionnel du Québec, une première depuis son entrée en vigueur en 2007. 

Ces modifications prévoient des sanctions disciplinaires plus sévères à l’endroit des personnes impliquées dans la possession de téléphones cellulaires ou dans l’introduction de contrebande. Parmi les mesures envisagées figurent des restrictions d’accès à la cantine ainsi que des périodes de confinement pouvant atteindre 15 jours (Lafleur, 2026).

Le ministre a également annoncé la mise en œuvre d’un projet pilote à l’établissement de détention de Roberval. Cette initiative vise à instaurer le port obligatoire de l’uniforme pour les personnes incarcérées (Morin-Letort, 2026).

Des mesures qui soulèvent des inquiétudes

Prévue pour entrer en vigueur le 28 septembre prochain, cette réforme du Règlement d’application de la Loi sur le système correctionnel du Québec suscite des préoccupations pour Alter Justice. Effectivement, nous craignons que ces changements aient des répercussions négatives sur les droits fondamentaux, la santé et le bien-être des personnes incarcérées.

Le ministre Lafrenière semble miser sur un durcissement des mesures disciplinaires pour répondre à la hausse de la violence dans les établissements de détention de la province. Or, selon nous, cette approche pourrait avoir l’effet inverse. En imposant des sanctions plus sévères à une population déjà vulnérabilisée par les conditions de détention (Lafleur et Lacroix, 2026), ces mesures pourraient contribuer à accentuer les difficultés vécues par les détenues. 

Restreindre l’accès à la cantine peut sembler anodin pour les personnes qui n’ont jamais vécu l’incarcération. Pourtant, pour plusieurs, la cantine constitue bien plus qu’un simple « dépanneur ». Elle leur permet notamment d’avoir accès à des produits essentiels (ex. : produits d’hygiène corporelle et menstruelle, etc.). En suspendant cet accès, le gouvernement risque non seulement de porter atteinte à la dignité des personnes incarcérées, mais également de compromettre leur droit à une défense pleine et entière. Comment une personne incarcérée peut-elle communiquer avec son avocat lorsqu’elle ne peut pas s’acheter de carte d’appel?

Les périodes d’isolement suscitent également de vives inquiétudes. Bien que le ministre affirme que l’état de santé physique et psychologique des personnes sera pris en considération (Lafleur, 2026), nous nous interrogeons sur la manière dont cette évaluation sera réalisée. Cette préoccupation est d’autant plus importante lorsque les problèmes de santé mentale sont surreprésentés dans les prisons québécoises. Effectivement, 15 % des personnes détenues vivent avec des troubles graves de santé mentale (Vallet et Deschênes, 2025). Or, contrairement à ce qu’affirme monsieur Lafrenière, ces situations ne relèvent pas seulement de « troubles de comportement » (Langlois et St-Hilaire, 2026). Considérer l’isolement comme une réponse appropriée à des comportements souvent liés à une détresse psychologique apparaît non seulement inefficace, mais également profondément déshumanisant.

Un projet pilote qui appelle à la prudence

En ce qui concerne le port de l’uniforme, Alter Justice adopte une position nuancée. Nous reconnaissons que cette mesure pourrait présenter certains avantages, notamment pour les personnes qui ne disposent pas de vêtements. Toutefois, plusieurs questions demeurent quant aux objectifs et aux implications réelles de ce projet.

La confection des uniformes, étant confiée aux détenues, semble surtout motivée par un objectif de réduction des coûts. Pourtant, quand est-il des conditions de travail et la rémunération des personnes incarcérées? À l’heure actuelle, les personnes ne bénéficient que d’une protection limitée en matière de santé et de sécurité au travail. Leur rémunération demeure par ailleurs largement inférieure au salaire minimum en vigueur. Il est donc légitime de se demander si le gouvernement ne cherche pas à tirer profit d’une main-d’œuvre à faible coût.

Par ailleurs, Alter Justice craint que l’imposition de l’uniforme accentue la déshumanisation des détenus. Alors que les conditions de détention sont déjà difficiles et dégradantes, l’organisme s’interroge sur la pertinence d’ajouter une mesure susceptible d’éroder davantage l’identité et la dignité des personnes incarcérées.

Nous estimons que les mesures annoncées ne constituent pas une réponse adéquate aux enjeux de sécurité. Le gouvernement doit plutôt s’attaquer aux causes profondes du problème. Les infrastructures vieillissantes, la surpopulation carcérale ainsi que le manque de ressources et de services ne sont que quelques exemples des facteurs qui contribuent à la dégradation des conditions de détention (Lafleur et Lacroix, 2026). 

Miser sur des mesures punitives plutôt que sur l’amélioration des conditions de vie risque, selon nous, de produire l’effet inverse de celui recherché.

À propos d’Alter Justice

Alter Justice est un organisme sans but lucratif (OSBL) qui a pour mission d’informer, de soutenir et d’accompagner les personnes judiciarisées. La défense des droits des personnes judiciarisées, y compris celles incarcérées dans les établissements de détention provinciaux, est au cœur de son action. 

Pour toute demande d’information, question ou signalement d’une situation préoccupante, vous pouvez communiquer avec Alter Justice au 1 (833) 529-9031. 


RÉFÉRENCES

Lafleur, M. (2026, 13 août). De nouvelles sanctions plus sévères ciblent les détenus introduisant de la contrebande ou utilisant des téléphones illicites en prison. Le Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2026/08/13/de-nouvelles-sanctions-plus-severes-ciblent-les-detenus-introduisant-de-la-contrebande-ou-utilisant-des-telephones-illicites-en-prison

Lafleur, M. et Lacroix, A. (2026, 15 août). Violence dans les prisons du Québec: les piètres conditions de détention montrées du doigt. Le Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2026/08/29/violence-en-prision-les-pietres-conditions-de-detention-pointees-du-doigt

Langlois, S. (animateur de radio). et St-Hilaire, L. (animatrice de radio). (2026, 14 août). « Il va falloir que les gens me démontrent que ça ne fonctionne pas » [émission de radio]. Dans Debout la Planète. Planète 99.5. https://roberval.planeteradio.ca/audio/795268/il-va-falloir-que-les-gens-me-demontrent-que-ca-ne-fonctionne-pasMorin-Letort, L. (2026, 13 août). L’uniforme imposé à la prison de Roberval dans le cadre d’un projet pilote. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2275182/vetements-institutionnels-securite-interieure

Protecteur du citoyen. (2026). Réaction au projet de Règlement modifiant le Règlement d’application de la Loi sur le système correctionnel du Québec. https://protecteurducitoyen.qc.ca/fr/enquetes/reactions-aux-projets-de-loi-et-de-reglement/projet-reglement-application-loi-systeme-correctionel

Protecteur du citoyen. (2026). Recommandations sur le projet de Règlement modifiant le Règlement d’application de la Loi sur le système correctionnel du Québec (No de référence 26-01392). https://protecteurducitoyen.qc.ca/sites/default/files/2026-06/lettre-projet-reglement-services-correctionnels.pdf

Vallet, S. et Deschênes, F. (2025, 13 novembre). Le « trou noir de la santé mentale » dans les prisons québécoises. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/sante/933303/trou-noir-sante-mentale-prisons-quebecoises

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