La Transidentité en prison, kessé ça ?
Direction AJ
Last update :
10 July 2025

On parle de transidentité à toutes les sauces dans les médias depuis quelques années. Mais qu’en est-il vraiment? Et surtout, dans le contexte de la prison, comment une personne trans peut-elle vivre?
Afin de démystifier cette réalité, nous vous présentons huit (8) vignettes explicatives qui seront publiées une fois par semaine.
Bonne lecture !
Campagne de sensibilisation
Hiver 2025
Par Roxanne Boucher
Étudiante au baccalauréat en Criminologie

Les personnes trans sont des personnes qui ont une identité de genre différente du sexe qui leur a été assigné à la naissance (Office québécois de la langue française, 2019).
Au Québec, lors de l’année 2023, 9 865 personnes s’identifiaient comme étant transgenres. Cela dit, environ 0,14% des québecois-e-s sondé-e-s affichaient une transidentité (Institut de la statistique du Québec, 2024).
Au niveau de la détention, les personnes trans représentent une portion minime de la population carcérale. Effectivement, dans les prisons provinciales du Québec, les dernières statistiques disponibles dénombraient 10 personnes trans parmi les 14 649 personnes incarcérées dans leurs établissements (Ministère de la Sécurité publique, s.d.). Ainsi, au Québec, nous pouvons estimer que la proportion de personnes incarcérées trans serait d’environ 0,068%.
Un risque accru de vulnérabilité sociale menace les personnes trans
Ce phénomène est très étroitement lié à la transphobie bien présente de nos jours. La discrimination et le harcèlement en découlant, fragilise donc la santé mentale de cette population et augmente de manière alarmante leur risque de passage à l’acte suicidaire (Mental Health Commission of Canada, n.d.). De plus, un manque de soutien de la part de proches peut être constaté chez certain-e-s en raison d’un refus d’acceptation de leur identité de genre (Mental Health Commission of Canada, n.d.).
Ce risque de rejet de la part des proches pourrait expliquer la surreprésentation des personnes trans en situation d’itinérance. En effet, certaines se voient expulsées ou doivent quitter leur milieu familial en raison d’un refus d’acceptation de leur identité de genre (Bélanger, 2022). En 2020 au Canada, entre 30 et 40% des jeunes vivant dans la rue d’identifiait comme appartenant à la communauté 2SLGBTQIA+ (Bélanger, 2022).
Cette exclusion sociale ancrée dans la transphobie aurait également tendance à accroître les risques de développer des habitudes de consommation malsaines (Portage, 2019). Les personnes pourraient alors consommer diverses substances dans le but de fuir ce rejet et la discrimination vécue (Portage, 2019).
Donc, la transphobie agit comme un facteur qui accroit la vulnérabilité sociale des personnes trans, ce qui peut les placer dans des situations à risque de judiciarisation.


Dans les établissements de détention fédéraux donc ceux prévus pour les peines de deux (2) ans et plus, une politique encadre l’hébergement des personnes trans dans les pénitenciers. La Directive 100 du commissionnaire prévoit qu’elles sont transférées vers des établissements qui correspondent à leur identité de genre ou leur expression de genre. Ainsi, le sexe, l’anatomie et l’indication de genre figurant sur les pièces d’identité ne sont pas pris en compte. Toutefois, les besoins ainsi que les risques entrent en jeu lors de l’identification de l’établissement dans lequel la personne sera incarcérée.
Au Québec, les prisons (provinciales) opèrent la gestion de la clientèle trans au cas par cas. On ne retrouve donc pas de politique claire comme au fédéral. Ainsi, au sein des établissements, des pratiques distinctes s’observent, ce qui entraine un manque d’uniformité.
Toutefois, dans 38% des cas, le critère du sexe assigné à la naissance est utilisé afin de déterminer si la personne trans sera hébergée dans une prison réservée aux femmes ou aux hommes. Autrement, le secteur de l’infirmerie accueille fréquemment cette clientèle. Une particularité s’observe à l’Établissement de détention Leclerc de Laval, soit une prison destinée aux femmes. Celle-ci de réserver possède un secteur réservé aux détenues trans dans la visée de mieux répondre à leur réalité. Autrement, les personnes n’ayant pas subi de chirurgie de réassignation de sexe sont majoritairement incarcérées dans un établissement de détention qui correspond à leur sexe anatomique.
MISE À JOUR JUILLET 2025 – Par Daniel Poulin-Gallant, directeur d’Alter Justice
Le Gouvernement du Québec prévoit d’incarcérer les personnes trans dans les prisons correspondant à leur sexe anatomique (donc assigné à la naissance), sans possibilité de choix. Cette décision est basée sur des arguments de «sécurité».
En détention, les personnes trans se retrouvent dans des conditions très vulnérables
Tout d’abord un risque pour leur sécurité est observable. Ainsi, un nombre important de personnes trans sont hébergées dans les secteurs d’infirmerie. Cette pratique, malgré qu’elle favorise leur sécurité, limite l’accès aux programmes et aux activités carcérales. Cette situation entraine alors un isolement important qui est néfaste pour la santé mentale puis qui peut limiter leurs chances d’obtenir une libération conditionnelle (Desjardins et Roupnel, 2022).
Les expériences de violence verbale, physique et sexuelle sont plus fréquemment vécues par les personnes trans en détention autant de la part de leurs codétenu-e-s que du personnel correctionnel (Grant et al., 2011). Par exemple, 24% des personnes trans seraient victimes d’agressions sexuelles en détention comparativement à 2% chez les personnes cisgenres (Lapierre, 2021).
Ce risque est toutefois diminué considérablement dans le cas des femmes trans qui sont hébergées dans un secteur conforme à leur identité de genre (Desjardins et Roupnel, 2022).
Autrement, des lacunes importantes dans l’accès aux soins de santé et à la thérapie hormonale d’affirmation de genre sont présentes dans les établissements de détention (Desjardins et Roupnel, 2022).


À travers les médias, le thème de la transidentité en détention apparait fréquemment et est traité sous l’angle de la dangerosité. Les personnes trans sont alors abordées comme un risque pour la sécurité de leurs codétenus. En revanche, comme mentionné lors d’une vignette précédente, les personnes trans en détention représentent une minorité. Il est donc possible d’affirmer qu’une attention disproportionnée leur est accordée dans les médias.
Il est aussi à noter que seules les femmes trans en détention sont nommées par les journalistes. Un vide médiatique s’observe donc dans le cas des hommes trans ou des personnes non binaires.
À notre avis, la réaction et le traitement médiatique de cette situation sont symptomatiques d’une transphobie bien présente au Québec pour deux raisons principales.
Premièrement, ces femmes sont présentées comme un danger pour les femmes cisgenres incarcérées. Cette représentation est tout à fait erronée, puisque les personnes transgenres incarcérées font partie des groupes fortement à risque de victimisation parmi la population carcérale (Grant et al,. 2011 ; James et al., 2016). Aussi, les articles de journaux ne traitent que des femmes trans ayant commis des délits de gravité objective, très importante tels que des meurtres ou des délits sexuels. Ainsi, cela renforce le narratif insinuant que cette fraction de la population est dangereuse.
Deuxièmement, le discours entourant cette thématique véhicule l’idée que des hommes prétendraient être des femmes trans dans le but d’obtenir des privilèges et d’être transférés vers des établissements de détention hébergeant des femmes. Ainsi, en adoptant ce discours, les médias ne conceptualisent pas les femmes trans comme des femmes, mais les imagine plutôt tels des hommes tentant de tirer avantage du système judiciaire.
En 2022, un article scientifique portant sur l’expérience des femmes cisgenres incarcérées avec des femmes transgenres a été publié par Matthew Maycock, un professeur et docteur en criminologie à l’Université Monash en Australie.
Les résultats émergeant de cette recherche ont été plutôt surprenants puisqu’ils s’opposent au traitement médiatique des personnes trans détenues. En effet, les femmes cisgenres interrogées ont été nombreuses à nommer qu’elles supportaient leurs codétenues trans et qu’elles ne les percevaient pas comme un danger ou un risque pour leur sécurité. Au contraire, certaines nommaient plutôt que ces femmes sont davantage vulnérables et qu’elles forment un segment de la population carcérale plus à risque de subir de la violence.
Cela dit, alors que les médias et la population revendiquent la mise en place de règlementation visant la protection des femmes cisgenres et étiquètent les femmes trans comme étant dangereuses alors que dans les établissements de détention, le sentiment d’insécurité auprès des femmes concernées se fait plutôt rare.

Références
Ministère de la Sécurité publique. (2023). Direction de la gestion intégrée des documents et des relations avec les citoyens [Demande d’accès à l’information]. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/securite-publique/publications-adm/acces-information/demandes-acces/2022/2022-14321.pdf
Office québécois de la langue française. (2019). Grand dictionnaire terminologique. https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26532486/personne-trans
Institut de la statistique du Québec. (2024). Vitrine statistique sur l’égalité entre les femmes et les hommes. https://statistique.quebec.ca/vitrine/egalite/dimensions-egalite/demographie/personnes-minorites-sexuelles-et-genre
Bélanger, M. (2022). Du coming out à la rue : les trajectoires menant à l’itinérance chez les jeunes LGBTQ+. Observatoire des réalités familiales du Québec. https://www.orfq.inrs.ca/du-coming-out-a-la-rue-les-trajectoires-menant-a-litinerance-chez-les-jeunes-lgbtq/
Mental Health Commission of Canada. (n.d.) https://www.mentalhealthcommission.ca/wp-content/uploads/drupal/2019-05/Les%20personnes%20transgenres%20et%20le%20suicide%20-%20Fiches%20d%E2%80%99information.pdf
Portage. (2019). Adaptation des services aux jeunes transgenres : un combat contre l’exclusion et la consommation. https://portage.ca/fr/adaptation-des-services-aux-jeunes-transgenres-un-combat-contre-lexclusion-et-la-consommation/
Gouvernement du Canada. (2024). Délinquants de diverses identités de genre. https://www.canada.ca/fr/service-correctionnel/programmes/delinquants/diverses-identites-genre.html
Desjardins, C. & Roupnel, S. (2022). Revue de littérature sur les conditions de détention des personnes de diversité sexuelle et de genre. Ministère de la Sécurité publique du Québec. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/securite-publique/publications-adm/publications-secteurs/services-correctionnels/etudes-rapports-recherche/revue_litterature_lgbtq.pdf
Desjardins, C. & Roupnel, S. (2022). Revue de littérature sur les conditions de détention des personnes de diversité sexuelle et de genre. Ministère de la Sécurité publique du Québec. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/securite-publique/publications-adm/publications-secteurs/services-correctionnels/etudes-rapports-recherche/revue_litterature_lgbtq.pdf
Grant JM, Mottet LA, Tanis LA, Harrison J, Herman JL, & Keisling M (2011). Injustice at every turn: A report of the national transgender discrimination survey. National Center for Transgender Equality and National Gay and Lesbian Task Force. https://transequality.org/sites/default/files/docs/resources/NTDS_Report.pdf
Lapierre, E. (2021). La prise en charge des personnes transgenres par l’administration pénitentiaire. [Mémoire, Institut de droit et d’économie d’Agen]. https://www.enap.justice.fr/sites/default/files/master2_lapierre.pdf
James, SE., Herman, JL., Rankin, S., Keisling, M., Mottet, L., & Anafi, M. (2016). The report of the 2015. U.S. Transgender Survey. National Center for Transgender Equality. http://www.ustranssurvey.org/report/
Maycock, M. (2022). « “She Was Just Like A Lassie”: Analysing The Views of Cis-Women In Custody About Their Experiences of Living With Transgender Women In The Scottish Prison Estate ». The British Journal of Criminology, 2022(62), 1000-1018. https://doi.org/10.1093/bjc/azab091
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