L’analphabétisme, kessé ça ?

Direction AJ
Dernière mise à jour :
10 juillet 2025

 

L’analphabétisme demeure un défi majeur dans notre société, affectant une proportion significative de la population québécoise et ayant des répercussions profondes sur l’intégration sociale, l’emploi, la qualité de vie des individus ainsi que sur la réinsertion sociale.

Afin de démystifier cette réalité, nous vous présentons huit (8) vignettes explicatives qui seront publiées une fois par semaine.

Bonne lecture !

Campagne de sensibilisation
Hiver 2025

Par Océanne Deschênes
Étudiante au baccalauréat en Travail social

Faits marquants sur l’analphabétisme
• Au Québec, près de la moitié des adultes âgés de 16 à 65 ans rencontrent des difficultés au quotidien en matière de lecture et d’écriture.
• Un Québécois sur deux, soit plus de trois millions de personnes, rencontre d’importantes difficultés en lecture et en calcul. Concernant les compétences en informatique, ce sont deux Québécois sur trois, soit un peu plus de trois millions et demi de personnes, qui rencontrent des problèmes à ce niveau.
• Avec l’essor des technologies, les crises économiques, la mondialisation et un système scolaire mal adapté aux évolutions, le problème de l’analphabétisme ne cesse de s’aggraver.
• Dans certaines écoles de quartiers défavorisés, quatre enfants sur cinq ne terminent pas leurs études secondaires.
• Entre 40 % et 75 % des personnes incarcérées seraient considérées comme étant des « analphabètes fonctionnels ».


Niveaux de littératie
L’accès au vocabulaire et la maîtrise de la langue sont essentiels pour permettre à chaque individu de s’intégrer pleinement dans la société moderne. Ainsi, plusieurs termes sont utilisés pour catégoriser les différentes capacités d’apprentissage dans notre société.

Littératie : La capacité d’utiliser l’information écrite pour bien fonctionner dans la société. Cela ne concerne pas l’aptitude à rédiger.
Analphabétisme : Le fait qu’un adulte ne soit pas en mesure de lire ou d’écrire suffisamment pour fonctionner dans la vie quotidienne.
Alphabétisation : L’apprentissage de la lecture et de l’écriture destiné aux adultes.
Francisation : L’apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la langue française.

Il y existe différents niveaux de littératie
0 = Maîtriser le vocabulaire de base.
1 = Comprendre des textes courts qui véhiculent une seule information.
2 = Être capable de relier le texte à l’information, même dans des textes contenant plusieurs informations.
3 = Lire des textes longs ou complexes, en étant capable d’interpréter et de donner du sens aux informations.
4 = Analyser des textes longs et complexes, nécessitant des connaissances préalables.
5 = Intégrer, évaluer et synthétiser plusieurs textes tout en tenant compte de leurs nuances, ce qui requiert des connaissances spécialisées et une compréhension approfondie des concepts.


Préjugés sur l’analphabétisation qui sont véhiculés dans notre société
Les personnes âgées : Il est erroné de croire que la majorité des analphabètes sont des personnes âgées.
Les personnes immigrantes : Contrairement aux idées reçues, la plupart des adultes analphabètes ne sont pas issus de l’immigration. En réalité, la majorité des immigrants au Québec sont mieux scolarisés que la population locale. En effet, la scolarité est un critère important pour pouvoir immigrer au Québec.
Les personnes sans emploi : Il est faux de supposer que les adultes peu alphabétisés sont tous sans emploi. Près de la moitié d’entre eux sont actifs sur le marché du travail.
Les personnes dyslexiques : Il est faux de croire qu’une personne présentant un trouble de dyslexie est automatiquement analphabète. En effet, les personnes présentant ce trouble d’apprentissage sont en mesure de lire et décrire, même s’ils affrontent des difficultés à ce niveau.


Les impacts de l’analphabétisation

• Se voir obligé de demander de l’aide pour lire son courrier, même les lettres les plus personnelles.
• Mettre sa santé en danger en ne pouvant pas lire les indications d’un médicament, tout en étant trop gêné pour solliciter de l’aide.
• Être incapable de remplir un formulaire de demande d’emploi et ressentir de la honte à ce sujet.
• Ne pas pouvoir aider ses enfants à faire leurs devoirs ou à apprendre leurs leçons.
• Le chômage : taux de chômage est de deux à quatre fois plus élevé chez les personnes analphabètes.
• La santé : les personnes analphabètes sont plus à risques de subir des blessures au travail et ils peuvent être sujets à faire mauvais usage des outils de travail par manque de compréhension sur leur fonctionnement.

Les impacts pour les personnes judiciarisées

• Une compréhension insuffisante des documents juridiques (tels que les ordonnances ou mandats d’incarcération).
• Des difficultés à saisir les procédures judiciaires ainsi que les décisions rendues par le tribunal.
• L’incapacité à repérer la date et l’heure d’un rendez-vous dans une lettre provenant d’un avocat ou d’un fonctionnaire judiciaire, rédigée de manière claire et simple.
• La difficulté de la compréhension de l’échéance pour répondre ou comparaître suite à un avis de comparution.
• La difficulté de rédiger ou lire une déclaration effectuée aux policiers.


Les différents types d’exclusion que vivent les personnes analphabètes

Exclusion démocratique : Les enjeux politiques sont souvent incompréhensibles pour les adultes peu alphabétisés. Les lois ne sont pas rédigées de manière accessible pour ceux qui ont des difficultés de lecture. Résultat, beaucoup d’entre eux ne votent pas, se sentant désintéressés et exclus des débats politiques.

Exclusion sociale : L’accès aux soins et services devient plus complexe pour les analphabètes, surtout avec l’augmentation des démarches administratives et des formulaires à remplir, souvent en ligne. De plus, les emplois peu qualifiés se font rares et ceux qui existent sont précaires.

Exclusion culturelle : La culture s’exprime principalement à travers l’écrit : romans, poésie, magazines, journaux, films sous-titrés, etc. Pour pouvoir en profiter, il est essentiel d’avoir une bonne maîtrise de la lecture.


Le système scolaire au Québec
L’objectif principal de l’école est d’éduquer les jeunes, mais il comporte également une dimension de sélection, visant à former des enfants en fonction des besoins du marché du travail. En effet, tout le monde ne peut pas devenir médecin ; il faut aussi des professionnels, des techniciens, des ouvriers, etc. Ainsi, la réussite de tous les enfants n’est pas un objectif en soi.

Éducation et la judiciarisation
Environ 80% des personnes judiciarisées sont peu scolarisées. En effet, la plupart nomme avoir une scolarité de niveau secondaire ou primaire. Les données de 2016 démontrent que 31,8% des personnes incarcérées de 25 à 64 ans ont un diplôme d’études secondaire.
Programme pour l’éducation en détention
Le programme éducatif de base pour adultes constitue la priorité du service correctionnel du Canada en matière d’éducation. Il couvre les niveaux allant de la première à la douzième année (ou son équivalent). Après avoir complété la douzième année, la personne obtient un diplôme d’études secondaires (ou un diplôme équivalent).

Niveau 1 = 6ème année et moins
Niveau 2 = Secondaire 1 et 2
Niveau 3 = Secondaire 3 et 4
Niveau 4 = Secondaire 5
Autres programmes d’éducation en détention : Programme d’anglais/français de langue seconde, programme de formation générale, programme préalable à l’enseignement postsecondaire et programme d’enseignement postsecondaire


Le modèle Finlandais
– Faits saillants : Le taux de décrochage scolaire avant la fin du secondaire en Finlande est inférieur à 2 % (contre 15 % au Québec).

Le modèle privilégié
– Les enseignants sont autonomes dans le choix des méthodes et du matériel pédagogique.
– Le travail par petits groupes est privilégié, en respectant le rythme d’apprentissage de chaque élève.
– Les écoles sont petites et nombreuses, généralement de moins de 300 élèves, car cela favorise les apprentissages. De plus, chaque école bénéficie d’une gestion autonome.
– Les notes n’apparaissent pas avant la 7e année. L’objectif de l’enseignement primaire est l’apprentissage, et non la comparaison entre élèves.
– L’éducation est gratuite de l’école primaire à l’université, incluant les livres, le matériel scolaire et même le repas du midi pour tous les élèves

Et l’école dans les prisons Finlandaise ?
• Sept prisons offrent un enseignement secondaire supérieur pour adultes avec des groupes de 4 à 12 élèves.
• Dans d’autres prisons, un petit nombre de détenus reçoit un enseignement général, souvent de manière individuelle.
• L’enseignement est assuré par un enseignant à temps partiel ou un conseiller d’études de la prison.
• Pour l’enseignement élémentaire (lecture, écriture, calcul), les groupes ne dépassent pas cinq étudiants par enseignant.
• L’éducation individuelle devient un outil clé pour la réadaptation. En effet, les adultes détenus peuvent rencontrer des difficultés d’apprentissage lorsqu’ils sont en groupe.


Comment notre société pourrait permettre aux personnes peu alphabétisées de sortir de l’exclusion
– Offrir un accès à des textes simplifiés et à des formulaires faciles à remplir.
– Fournir des informations sur la prise de médicaments et l’utilisation de produits dangereux.
– Permettre aux individus de travailler sans nécessiter un diplôme de cinquième secondaire.
– Permettre à tout le monde de voter, même en cas de difficultés de lecture et d’écriture.
– Assurer un revenu suffisant pour subvenir à ses besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, s’habiller et étudier.

Organisme venant en aide
Atout-lire est un groupe populaire d’alphabétisation, né des besoins exprimés par les membres du Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur. Depuis 1982, Atout-lire est situé dans la Basse-Ville de Québec et accompagne des adultes de tous âges, qu’ils soient nés au Québec ou ailleurs. En tant qu’organisation autonome, ils œuvrent à la transformation des conditions de vie en faveur de la justice, de l’égalité, de la liberté et de la solidarité.


 

 

 


Références

SPPMM. (2020). Comprendre l’analphabétisme, pour mieux intervenir. https://lettresenmain.com/wp-content/uploads/2021/01/analphabetisme-guide-v9-1.pdf

Protecteur du citoyen. (2025). Rapport du Protecteur du citoyen. https://protecteurducitoyen.qc.ca/sites/default/files/pdf/rapports_speciaux/2015/2015-03-31_garantir-equite-procedurale.pdf

Fondation pour l’alphabétisation. (S.d). Site internet. https://fondationalphabetisation.org/lanalphabetisme/tout-sur-lanalphabetisme/les-consequences/

La société John Howard du Canada. (1996). L’alphabétisation et les tribunaux. Protéger le droit de comprendre. https://bv.cdeacf.ca/RA_PDF/36569.pdf

Gouvernement du Canada. (2023). Programmes d’éducation. https://www.canada.ca/fr/service-correctionnel/programmes/delinquants/programmes/education.html 

Tircher, P. & Hébert, G. (2021). Le profil des personnes judiciarisées au Québec. https://iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2021/11/Personnes-judiciarisees_web2.pdf    

L’Office des Nations Unies & l’Institut de l’UNESCO. (1994). Éducation de base dans les prisons. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000111865_fre/PDF/151172fre.pdf.multi.nameddest=111865

 


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